19 mars 2020

Journal de confinement

 

Dans les canaux de la Venise Provençale, l’eau est calme, la température extérieure est plutôt douce, le temps est bon, le ciel est bleu comme chantait Isabelle Pierre.

Aujourd’hui c’est une bande de canards qui squatte le canal de Baussengue.

D’habitude on peut en voir, mais pour une fois ils ne quittent pas les lieux, ils sont nombreux mais semblent eux aussi se tenir à des distances de sécurité, un groupe de deux par ci, un autre qui fait cavalier seul un peu plus loin, deux autres font une compétition de nage sous marine… Quand j’observe ce spectacle, je me dis qu’il n’y a pas que du mal dans toute cette histoire et que ce serait bien qu’on y réfléchisse pour la suite…

Sur le chemin, je croise deux personnes devant la maison de la formation, ils sont équipés de masques et de gants et demandent un peu énervés aux quelques passants si c’est ouvert. On dirait que toutes les consignes ne sont pas passées auprès de tout le monde.

Sur le quai des anglais, la navette maritime fonctionne et un pêcheur seul avec sa canne à pêche vient d’attraper un poisson.

Tandis que les panneaux d’affichage arborent toujours l’adresse du site internet de la ville et l’info en continu disponible sur Radio Maritima

Dans le quartier de l’île avant 15h, c’est plutôt le calme plat pas de voitures, peu de passants, les gens respectent les consignes. Je marche dans les rues d’une ville fantôme, le genre de truc qui m’a toujours fasciné, parfois on peut apercevoir quelqu’un sur le palier d’une maison de ville, entendre un bruit s’échapper d’une fenêtre ouverte, apercevoir un rideau qui bat au rythme de la brise légère que nous avons aujourd’hui.

Dans l’île c’est pas compliqué, tout est fermé sauf la pharmacie, la boulangerie et l’épicerie de quartier…

Sur une place deux hommes discutent de façon énergique « C’est pas tout ça qui fera quelque chose ! C’est des masques qu’il faut, des masques, c’est ça qui nous sauvera ! ». Plus loin, quelqu’un prend un bain de soleil sur le quai du miroir aux oiseaux et ça semble tellement agréable… La scène donne l’impression d’un temps retrouvé.

Depuis son balcon un homme crie à un autre qui se trouve dans la rue « Salut l’ami, tu vas travailler ? » l’autre répond qu’il a eu l’autorisation.

Quand je passe devant la boulangerie, la boulangère me crie derrière la vitre qu’il y a encore des banettes, je rentre dans la boulangerie, j’en avais commandé une pour aujourd’hui. Un homme attend à l’entrée que je sorte, elle lui dit qu’elle ferme juste après moi et qu’elle rentre chez elle car elle n’a plus rien à vendre, il est 15h. J’men fous, je détiens le Graal

À la pharmacie j’achète une boîte de paracetamol parce que je n’en ai pas et qu’on ne sait pas ce qu’il peut se passer.

En rentrant chez moi, je m’installe un peu sur ma terrasse, trois voitures de police s’installent sur le quai des Girondins, ils semblent chercher quelque chose, ils finissent par contrôler quelques voitures et passants avant de s’en aller.

Il est 16h30, et à cette heure ci il y a une affluence de passage de voiture, et quelques promeneurs solitaires… Dans quelques minutes, ce sera le retour du silence.

Anna Bambou