6 avril 2020

6 avril 2020

Journal de confinement

Aujourd’hui c’est le grand jour, la nouvelle attestation dérogatoire de sortie est disponible sur smartphone ! Désormais, grâce aux QR code qu’elle générera, nous pourrons tous, en plus de nous signer nous-mêmes un papier pour avoir le droit de sortir de nos cellules, accepter de façon tacite et reconductible de nous faire tracer. Sommes-nous vraiment prêt à dire oui à tout ?

La peur désormais instaurée nous incite à accepter l’inacceptable.

Depuis quelques jours, on nous recommande vivement le port du masque. Il se trouve que nous n’en trouvons pas, les masques home-made ont été beaucoup décrié, et à une époque pas si lointaine on ne jurait que par ces masques que nous ne pouvions pas nous procurer. Le port du masque introuvable va-t’il devenir obligatoire sous peine d’amende ?

L’AFNOR propose même de télécharger un modèle de masque aux normes… Après le slogan “Restez chez vous”… demerdez-vous !

Sur les parkings, l’herbe et les fleurs poussent dans le goudron et forment des traînées vertes sur le sol, le message de la médiathèque s’efface avec le temps et le soleil tandis que les arbres se couvrent de feuilles et de fleurs…

Un homme en voiture me fait signe, il me demande si la médiathèque est fermée, je lui dit oui, il me remercie et s’en va.

Je prend la navette fluviale et j’échange quelques mots avec l’un des deux conducteurs. Il me demande si c’est l’heure de rentrer, je lui dit que non, je change de quartier de temps en temps parce que tourner en rond dans l’île a ses limites.

Arrivée à Jonquière, j’entends une voix sortir d’un appartement au dessus de la musique, quelqu’un chante. Certaines rues sentent le tabac, aujourd’hui c’est étrange mais la rue sent le vieux bar, vous savez celui où se mélange le tabac froid, celui en train de se consumer et une vague odeur d’alcool.

Peu de monde dans les rues, nous sommes lundi. Quelqu’un est assis sur un banc et semble prendre l’air.

Il règne une vraie atmosphère de printemps dans la rue, les oiseaux chantent le soleil brille… on semble s’habituer à ce silence devenu normal.

Dans la file d’attente de Casino, deux dames se rencontrent, l’une d’elle dit à l’autre : “Il faut respecter les distances de sécurité, ça ne rigole pas c’est vrai c’est devient très dangereux, il y a beaucoup de morts.”.

L’autre répond : “Bien sûr il y a beaucoup de morts comme dans toute guerre.” L’autre lui dit : “Mais ce n’est pas une guerre.” Silence… L’autre finit par dire “J’ai entendu Melenchon parler à la télé, de toute façon ils n’ont plus que ça à faire parler, mais il fera rien, il filera droit comme les autres.”

Le restaurant Le Ryad a décidé de reprendre du service et propose ses couscous et tajines à emporter ou livrés midi et soir.

Pendant ce temps, des “stars” comme Alicia Keys donnent leur numéro de téléphone sur Instagram et invitent leur public à leur envoyer des messages afin de pouvoir leur téléphoner.

Il existe un nouveau jeu, “Question pour un balcon”, deux équipes, le côté pair et la rue et le côté impair, un maître du jeu pose les questions, les balcons répondent, et tout les soirs le jeu recommence.

A Nice, Pablo Estrosi ou Christian Escobar (on ne sait plus trop) annonce qu’il donnera des masques réutilisables à tous les habitants de la ville.

Des basses dans la nuit, dans un immeuble voisin quelqu’un hulule par moments, bon ok dans deux jours c’est la pleine lune m’enfin !

Nos espoirs pour vaincre le virus résident actuellement ( chloroquine mise à part) entre le vaccin du BCG, le plasma de patients ayant été atteints du coronavirus ou un ver marin qui paraît plutôt prometteur !

5 avril 2020

5 avril 2020

Journal de confinement

Je passe devant un snack sur lequel il est écrit « congés annuels », je prend la photo lorsque j’entends une voix derrière moi dire « alors eux ils sont pas près de revenir… ils sont partis voir leur famille en Tunisie je crois, et maintenant ils doivent être bloqués… », c’est un couple de personnes âgées qui se promène, on échange quelques mots avant de se souhaiter une bonne journée.

Le confinement confère ces petites choses, des discussions impromptues avec des personnes que l’on ne connaît pas.

Un tigre a été testé positif au COVID à New York et on commence à lire des articles qui disent que les chats peuvent transmettre le virus. Donc on va avoir la seconde vague de ceux qui abandonnent leurs animaux de compagnie… est-ce que vous abandonneriez votre enfant ?

Il y a quelques jours, nous lisions un article qui parlaient de ceux qui lavaient leurs animaux à la javel ou autres produits toxiques, je vous laisse imaginer les dégâts sur ces pauvres bêtes.

Les épreuves du bac ont été annulées, cette année son obtention se fera sur le contrôle continu.

Le préfet de Paris, un dénommé Lallement s’est encore illustré dans une vidéo filmée à l’extérieur, il dit que les personnes qui se trouvent actuellement en réanimation étaient ceux qui n’avaient pas respecté le confinement. Le même qui avait envoyé les CRS gazer le personnel soignant il y a quelques semaines, les gilets jaunes ou encore le même qui a mis des enfants à genoux mains derrière la nuque dans la rue pendant ces manifestations.

La semaine dernière nous avons reçu des messages privés disant que si on écopait de 15 jours de plus de confinement c’était de notre faute, parce qu’on sort marcher et faire des photos en même temps.

La place des aires est définitivement rebaptisée Place Désert… ce lieu grouillant de passage habituellement, avec ses arrêts de bus, son accès à la plage, son parking, est désormais vide, rarement on peut y croiser un bus ou une voiture

La plage de Ferrières s’est transformée en Corona Beach, Corona j’écris ton nom.

Aujourd’hui il y a quelques personnes clairsemées qui se promènent au bord de l’eau. Il fait beau, tout le monde a besoin de se dégourdir les jambes, et puis les sorties offrent le luxe de la sociabilisation devenue interdite par « les gestes barrières ».

Au parc l’herbe a poussé, les trèfles sont de sortie, c’est le printemps malgré le vent. Les mouettes jouent à s’envoler et volent à contre courant. Des chiens jouent dans le parc avec leurs maîtres, sur le chemin on s’écarte, on se laisse passer, on se remercie les uns les autres pour ces gestes là.

On avait jamais vu l’eau aussi claire dans le canal ou sur les rives de l’étang… on voit loin au fond de l’eau comme ça n’avait pas du arriver depuis longtemps et ce malgré l’agitation de l’étang avec le vent. Dans le canal Saint Sebastien, les méduses font leur apparition. Ce matin j’ai vu une photo d’une famille de cygnes se baladant sur l’étang de berre.

4 avril 2020

4 avril 2020

Journal de confinement

La vie se fait monotone certains jours, on marche de quartiers en quartiers, on prend des chemins qu’on ne prend jamais, on tente le tour de l’île dans un sens inédit, on ose la plage certains jours parce que nous avons besoin de nature, tourner autour du béton même au bord de l’eau a fait son temps, on a besoin de croiser d’autres arbres que les platanes, voir les herbes pousser dans le parc, les fleurs et les feuilles vêtir les arbres…

Aujourd’hui les rues sont moins vides qu’hier, on est samedi, il y a du monde dehors, même si ça n’a rien à voir avec « avant ».

Nous pensons à investir le toit terrasse et participer à cette vie alternative là haut…

Aujourd’hui je suis lasse et en colère de cette privation de nos libertés fondamentales.

2 avril 2020

2 avril 2020

Journal de confinement

C’est vendredi, il fait beau et chaud.

Sur le toit de l’immeuble la vie annexe prend définitivement ses marques, une famille, toujours la même passe de longs moments sur leur toit terrasse, lunettes de soleil, chapeau de paille, je les imagine derrière le mur qui les abrite avec une serviette de plage posée sur le sol, parfois de chez moi j’entends leur présence sur le toit car les enfants semblent courir dans leurs escaliers.

À côté, il y a quelqu’un que l’on ne voit jamais, on entend juste sa musique, les basses surtout. Souvent ses volets sont à demi fermés, je ne l’ai vu qu’une seule fois.

Sur le quai de l’île les pêcheurs rangent leur matériel, ils ont lancé un appel car ils ont du poisson. On oublie souvent que Martigues est un ancien village de pêcheur et ce n’est pas parce que nous n’avons pas de poissonnerie en ville que les pêcheurs sont absents.

En me dirigeant vers Carrefour Contact, je passe devant une pharmacie, les ordres sont clairs, si tu tousses c’est la file en bas de la rue, si tu tousses pas c’est en haut. Il faut aussi prévoir autre chose que de la monnaie… d’ailleurs au début du confinement, quand il me restait quelques billets je me suis sentie plusieurs fois mal à l’aise face au regard de certains commerçants qui ne semblaient pas ravis par ce mode de paiement.

Je vais faire des courses pour le week-end, dans le magasin il y a un peu plus de monde que d’habitude. En attendant au rayon boucherie, je discute avec une vieille dame, on parle jambon, foie de veau, elle me dit qu’elle n’a pas les moyens de stocker et puis surtout elle ne peut pas porter trop de choses, alors tant pis, elle doit venir plus souvent. Elle ne semble pas avoir peur, en tout cas sa sortie, le boucher, c’est son lien social, dans ces commerces, beaucoup font plus que vendre, ils sont un liens vers l’extérieur pour des personnes seules et isolées. On rigole ensemble, le boucher arrive, on plaisante aussi avec lui, et je trouve cet instant de légèreté particulièrement agréable face aux visages fermés par la peur qui s’est installée au dessus de nos têtes.

Dans les rayons on trouve de tout mais depuis quelques semaines déjà, le magasin a du restreindre les quantités car les clients ne se restreignaient pas d’eux même.

Malgré les courses, ce soir on a envie d’un burger, alors si on tentait l’expérience en plein confinement ?

Après plusieurs recherches, on finit par trouver comment commander chez Vans Burger qui se trouve à 50 mètres de chez nous. Je commande sur leur site, il est 19h30. Le restaurant me téléphone et me dit qu’il ne peut pas donner de commande à emporter après 20h, il faut donc que je commande sur Uber Eats. Il faut que je précise en commentaire ce que je veux car le site d’Uber Eats ne semble pas à jour par rapport à la carte du restaurant. Je choisis donc des plats qui n’ont rien à voir avec ce que je veux en laissant en commentaire la commande que je souhaite recevoir, je calcule le prix pour faire une équivalent. Une heure plus tard, le livreur dépose ma commande sur le sol, il se recule, je récupère la commande. Tout est parfait à l’intérieur. En période de confinement rien n’est simple, et tout peut devenir anecdote.

Pendant ce temps, il se dit que la Chine aurait caché les chiffres des morts dans leur pays, Wuhan reconfine ses habitants, les américains achète sur le tarmac des masques destinés à la France en payant 4 fois le prix, la France intercepte une livraison de masques destinés à la Suède et le gouvernement a embauché quelqu’un pour organiser le déconfinement, on est sauvé !

1er avril 2020

1er avril 2020

Journal de confinement

Aujourd’hui j’en ai un peu marre de tourner en rond dans l’île, je décide de prendre le pont levant pour aller à Jonquière. Après avoir dépassé une longue file de voiture, j’arrive au bas du pont, il y a quelques personnes qui attendent, on me dit que le pont est ouvert depuis déjà 20 minutes et qu’il n’y a pas de pétrolier en vue pourtant c’est lui que tout le monde attend… Je regarde un homme qui arrive, je lui dit qu’il y a la navette fluviale, un autre me regarde et me dit en s’esclaffant “sinon vous pouvez y aller à la nage !”.

Je me dirige vers la navette qui se trouve à l’opposé du pont, devant l’embarcadère il y a de nombreux passagers en attente, mais la navette ne prend pas plus de 8 personnes a la fois alors j’attend mon tour. Si l’on compte sur l’heure autorisée de sortie, j’ai déjà perdu 25 minutes simplement pour changer de quartier. Aujourd’hui c’est plus laborieux que d’autres jours.

J’arrive enfin sur l’autre rive, en passant devant Leader Price je m’arrête car je cherche des graines à planter et je n’en trouve nulle part en centre ville.

La police nationale a distribué des papiers qui indiquent que les magasins ne doivent pas recevoir plusieurs personne d’un même foyer.

J’attends devant la porte, je pense le magasin fermé… finalement une employée vient m’ouvrir. A l’intérieur, c’est très particulier, c’est la première fois que j’ai la sensation d’être dans une zone de guerre. Certains rayons ne sont pas éclairés ou seulement à moitié. Je longe un rayon noir, au bout du tunnel, la lumière d’un rayon alimentaire. Je rebrousse chemin, il n’y a pas de graines de toute façon.

Sur mon chemin je passe à côté des travaux du futur cinéma de La Cascade, les travaux sont forcément retardés.

Aujourd’hui les rues sont particulièrement désertes, je m’arrête aux Perles de l’étang, nous échangeons quelques mots… “J’ai l’impression que c’est un cauchemar et que je vais bientôt me réveiller” me dit l’une des deux vendeuses de la pâtisserie.. Je lui dit que je viens chercher du réconfort dans leurs chocolats car les œufs de Pâques sont de première nécessité à mon sens.

Autour de moi on se fait beaucoup de souci pour sa coiffure, j’avoue ça commence à pousser et j’imagine que les coiffeurs seront pris d’assaut à la fin du confinement.

Je m’arrête au Panier Martégal, un des primeurs du quartier, j’ai envie de fruits, j’achète des oranges, un ananas, des kiwis, cette sortie se passe sous le signe des douceurs sucrées.

La boucherie de l’Etable, une rue plus loin est fermée l’après-midi mais effectue des livraisons pendant ce temps. Ils ont laissé sur la porte toutes les instructions pour y venir, commander ou se faire livrer.

Je passe devant l’Argonaute, la librairie de BD désormais installée à Jonquière, les BD en vitrine sont restées figées il y a quelques semaines.

Je rentre, ce soir j’ai fait du pain, plus réussi que le précédent, par texto ma maman me dit “à la fin on sera tous devenus des cordons bleus” !

Dans les rues j’ai cherché la trace d’un poisson d’avril mais je crois qu’il a préféré filer au large.

Dès lundi nous aurons droit d’utiliser des attestations de sortie sur nos téléphones, parce que nous nous sommes bien comportés, donc on assouplit légèrement les règles… C’est la récompense du bon prisonnier volontaire qui accepte de se faire pister autrement qu’avec son smartphone…

31 mars 2020

31 mars 2020

Journal de confinement

10h40, un hélicoptère stagne dans le ciel de Martigues, les nuages sont bas et je ne le vois pas, il tourne dans le ciel depuis 15 minutes déjà. Pourquoi ?

Ce bruit, c’est pas vraiment ce qui me rassure… c’est comme les militaires dans les gares, ça a plutôt tendance à me faire flipper l’armée.

Ce matin, je lis le témoignage d’un journaliste qui s’est fait contrôler, et mettre une amende, pourquoi ? Parce qu’il est journaliste et les flics et eux c’est pas le grand amour… en dehors de ça, il n’y avait aucune raison pour le verbaliser. C’est pour ces petites choses que j’ai peu confiance dans ce qu’on appelle « les forces de l’ordre ».

Plusieurs objets volants non identifiables survolent la ville. Je lis de plus en plus d’articles qui parlent des abus de la police, une femme qui veut acheter des tampons et à qui l’on  explique que ce n’est pas de première nécessité, pour d’autre c’est un test de grossesse, une autre a mal rempli son attestation en allant à une consultation psychiatrique.

12h12, l’hélicoptère est de retour, on ne le voit toujours pas grâce aux nuages.

Aujourd’hui a ouvert le centre de consultation au collège Pagnol, il servira à désengorger médecins, hôpitaux, pharmaciens.

Les opérateurs de téléphonie mobile donnent actuellement à l’état les données de localisations de leurs usagers afin que le gouvernement puisse vérifier que tout se passe bien au niveau du confinement.

En fin de journée, une voiture entre dans le quartier par le mauvais côté, il y a quelques mois le sens de circulation a changé et ce n’est toujours pas évident pour tout le monde, une voiture de police arrive à fond la caisse dans le bon sens elle… ils semblent être indulgents, font reculer la voiture et la laisse partir.

Restez chez vous, la police veille sur vous.

Le soir, notre gouvernement s’exprime sur le fait que les forces de l’ordre n’ont aucun droit de juger la nécessité première de nos achats et ne doivent en aucun cas faire de l’excès de zèle.

30 mars 2020

30 mars 2020

Journal de confinement

On pourrait parler de ces derniers jours comme d’un éloge de la lenteur… Je ne sais pas pour vous, mais la vie s’installe petit à petit…

Samedi, la journée s’est déroulée comme à son habitude depuis désormais deux semaines… je sors, je fais quelques courses pour le week-end, parce que je n’ai pas financièrement les moyens de faire des stocks et je pense que nous sommes nombreux dans ce cas là.

Ce mois-ci les prestations sociales seront versées deux jours plus tôt… il faut dire que pour certaines familles, se retrouver à devoir nourrir tout le monde tous les jours, parce que plus d’école, parce que plus de cantine, ça doit être compliqué…

L’attestation dérogatoire, ça devient un peu lourd, surtout d’y penser avant de partir… Vous saviez que le prix des imprimante était en train d’augmenter ?… Ceci n’est pas une blague, non, la société de consommation est toujours là tapie dans l’ombre et continue de profiter du malheur des autres, un malheur commun pour cette fois…

Dans la file d’attente d’un commerce, un client masqué et ganté dit « On va tous sortir en dépression à la fin de tout ça ! », je confirme. Un numéro d’urgence psychologique a été mis en place, les premiers cas arrivent dans les hôpitaux ou chez les psy (-chiatre -chologue , etc), le Xanax fait un boom presque aussi grand que celui du paracétamol…

Parce qu’au début, on mange, on fait des skypéros, des barbecues, on déconne pas mal.. Et puis au bout d’une semaine, le gouvernement repousse de 15 jours, et puis là, ça fait 15 jours qu’on est confinés chez nous… Certains ont déjà fini le rangement de la maison et s’attaquent à la tonte de la pelouse aux ciseaux à moustache, d’autres auront pris du temps et n’auront pas encore attaqué le ménage, certains ont déjà terminé toutes les recettes de cuisine de tous les livres de la maison, je vous laisse compléter…

Comme disait Arlette, « On nous ment, on nous spolie », et c’est vrai, c’est un mensonge assourdissant que celui des 15 jours supplémentaires quand il n’y a pas besoin de sortir de l’ENA pour comprendre que ça va durer beaucoup plus longtemps…

Dans la rue on croise des gants, toujours.. c’est important de faire la morale à tous pour ensuite éparpiller sa merde ? Cela reflète un chose importante, la plupart on peur pour eux… pas pour les autres ! Je ne vous juge pas, c’est complètement humain, la peur c’est un truc très personnel qui n’atteint pas la peur communautaire chez tout le monde.

La boîte à livres dans le petit parc de Ferrières est désormais vide, sur la plage quelques promeneurs, surtout avec des chiens. Ces derniers sont là à courir, s’amuser, comme si pour eux il y avait une liberté supplémentaire tandis que nous avons perdu la nôtre.

Les jours se suivent et finalement se ressemblent un peu, les canards sauvages s’ébrouent dans le canal, les rues sont calmes, les voitures peu nombreuses, le samedi il y a un peu plus de monde dans les commerces, mais vraiment pas tant que ça pour un samedi…

Ce qui change ce sont les personnes qui courent dans les rayons, masqués, gantés, ils volent au dessus du sol avec leur caddie, il faut faire vite, et moi je vous avoue que ça me donne le tournis alors je prends mon temps parce que j’ai pas envie d’utiliser le numéro des urgences psycorona.

Aujourd’hui c’est lundi, il y a plus de voiture en journée car il ne faut pas oublier que beaucoup de monde travaille encore à l’extérieur. Les nuits sont calmes, c’est presque affolant de voir à quel point cette merde fout la trouille, ici on mesure la peur en décibel, moins il y a de bruit, plus cela veut dire que tout le monde est flippé.

Il est 15h30, un hélicoptère de l’armée vole au dessus de la ville en stagnant, je sors la tête pour faire une photo, en bas de chez moi il y a un embouteillage, 5 voitures attendent au feu dont une voiture de police, je n’avais pas vu autant de monde sous mes fenêtres depuis 15 jours.

Sur Facebook on peut, tous les jours, lire des nouvelles d’annulations de Festivals, hier Montreux Jazz Festival, aujourd’hui Jazz sous les pommiers et d’autres vont suivre… il parait qu’en fin de semaine on en saura plus sur le bouleversement économique que le pays va connaitre… bouleversement culturel aussi…

Pendant ce temps j’allume Netflix, on retombe en enfance en lançant Asterix Mission Cléopatre (version dessin animé) et Nicky Larson, on est ébahies devant ce qu’on nous laissait voir enfant, c’est hyper violent et sexualisé face à ce que la télévision montre aujourd’hui aux enfants de 10 ans. Peut-être que ce soir ce sera Hunter x Hunter ou la petite sirène… Je crois qu’inconsciemment, le besoin se fait sentir de se vider la tête via des choses qui ne sont pas dans nos réalités.

Une petite fille déguisée en princesse passe dans la rue avec sa mère. il n’y a pas grand monde à croiser, la ville est déserte c’est assez triste le calme…

Plus loin, la dame photographie sa fille en robe de princesse au milieu des pâquerettes du parc.

Dans la rue j’entends mes pas résonner par dessus mes écouteurs, il fait beau, chaud avec un vent légèrement frais, j’ai vu les premières hirondelles, je l’ai peut être déjà écrit, je ne me souviens pas… j’essaie de me souvenir des jours, aujourd’hui on est lundi…

Pendant ce temps, le soleil fume la pipe, je le prend en photo, un homme à sa fenêtre me voit faire, on se sourit et on se dit bonjour, plus loin à sa fenêtre une vieille dame fait du tricot pour grappiller le dernier rayon de soleil avant que l’immeuble d’en face le lui cache complètement.

Je suis devant chez moi, j’ai encore droit à 6mn de sortie pour aujourd’hui, je les passe sur le quai juste en bas juste avant de rentrer dans ma prison de mon propre chef… quel génie … à la prochaine réunion des dictateurs ils vont crier « on s’est fait baiser par plus fort que nous »

La ville de Martigues met à disposition des attestations dérogatoires pour vos sorties, elles sont à récupérer dans certains commerces de la ville.

27 mars 2020

27 mars 2020

Journal de confinement

Au début dans la rue il y avait une forte odeur de cuisine très tôt dans la journée, au bout d’une semaine on ne sent plus cette odeur caractéristique d’ail et de tomate en train de cuire. En passant dans la rue ça sent le tandoori qui émane du Taj Mahal.

En marchant sur le quai, je me dis que j’ai hâte qu’il fasse plus chaud pour qu’on puisse sentir de la vie aux fenêtres et dans les maisons…

Au fur et à mesure des jours qui passent ce sont à peu près les mêmes choses, les restaurants et les bars indiquent qu’ils sont fermés, les boutiques aussi et on sent qu’il y à longtemps que personne n’est entré à l’intérieur.

Je croise deux jeunes filles qui courent.

Au loin j’aperçois du monde avec des poussettes à la pointe San Crist, tout le monde commence à avoir besoin de sortir après que certains se soient enfermés 8 jours sans discontinuer. Comment ne pas devenir fou ?

Aujourd’hui le gouvernement a annoncé la durée totale du confinement, il est prolongé de 15 jours, et porte donc à un fin au 15 avril.Vous y croyez vous ? Moi non. Est-ce qu’on nous balade de 15 jours en 15 jours, pour mieux faire passer la pilule ?

Pendant ce temps le CGT Services Publics a posé plusieurs préavis de grèves pour le mois d’avril.

Hier Marianne se promenait dans le quartier quand elle a croisé une femme qui portait une écharpe en guise de masque. Cette dernière s’approchait des gens dans leurs dos et se mettait alors à tousser. Pourquoi cette agressivité ordinaire ? Le confinement n’arrange rien…  Pourtant quelques instants auparavant elle a rêvé que tout ça était fini en voyant ce Père Noël sur le toit …

Aujourd’hui je vais pas très loin à moins d’un kilomètre du périmètre autorisé, je fais le tour de mon quartier parce que j’ai aujourd’hui pris du temps pour moi et pour faire des plantations sur mon balcon.

Plus loin je croise à nouveau les deux jeunes filles qui couraient tout à l’heure, on fait tous pareil, on tourne en rond dans notre prison de luxe. Un contraste s’installe entre ce quotidien en huis clos et la situation alarmante dans le monde.

Au début je me dépêchais lorsque je sortais, aujourd’hui, j’arrêté, je sors à mon rythme.

Radio Londres : la médiathèque a mis à disposition des attestations déjà imprimées pour ce qui ne peuvent pas le faire chez eux, pour ceux qui n’ont plus d’encre, ceux qui n’ont plus de feuilles.. Il faut dire que nous n’avions pas prévu de devoir utiliser autant d’encre et de papier… On sauve peut-être des vies, mais pas les arbres.

Ce matin je lis que la couche d’Ozone est en train de guérir, ça au moins on ne peut pas dire que c’est la théorie du complot.

La gendarmerie veille même sur les canaux de Martigues ces jours-ci…

Je passe entre deux voitures en touchant légèrement les rétroviseurs, je pense à ces soignants qui reçoivent sur leurs pare-brise des messages leur demandant de se garer plus loin pour ne pas contaminer les voitures. Mais laisser ses gants par terre en pleine rue ça c’est pas un problème… L’être humain est parfois abject.

Devant le miroir aux oiseaux je croise un embouteillage, il est 18h, c’est l’heure de pointe pour décharger les courses. À pied, un homme promène son chien, il en profite pour prendre une photo.

Aujourd’hui la ville a installé des tentes dans le gymnase Marcel Pagnol pour y ouvrir un centre consultation, l’ouverture est prévue le 31 mars. Je regarde la plage au loin, je me dis que j’aurai besoin de prendre l’air au-delà des murs.

25 mars 2020

25 mars 2020

Journal de confinement

 

Aujourd’hui c’est jour de nouvelle attestation, au fil des jours certaines choses évoluent comme la distance qu’on a le droit de parcourir, on doit désormais indiquer notre heure de sortie.

Internet se met en place, de nouveaux sites se créent comme celui-ci ou on peut entrer son adresse et voir son périmètre autorisé.. (Merci Alexa Henry)

https://carte-sortie-confinement.fr/

Voilà mon périmètre autorisé, j’ai de la chance, je suis au coeur de la ville, je note qu’environ un tiers de mon périmètre c’est de l’eau, du coup je me sens légèrement flouée.

Il est 13h, je vois des camions de CRS passer sur le quai, je ne comprend pas, je me demande pourquoi… 1h plus tard, j’apprend qu’ils étaient là pour le passage du convoi ITER sur le canal de Caronte.

Aujourd’hui en ville le soleil est de retour. Dehors il y a un peu plus de monde que d’autres jours, je vois une dame à sa fenêtre, nous nous sourions, plus loin c’est avec un homme qui fume devant sa maison que je souris.

L’atmosphère est moins pesante que les autres jours, peut-être le ciel gris en moins, mais je crois qu’on en a tous déjà marre alors qu’il est prévu que cela dure encore au moins 6 semaines…

Dans la rue je croise une personne masquée promenant son chien, je suis toujours aussi étonnée de voir tant de personnes portant des masques, tout comme je ne m’habitue pas à ces lignes tracées au sol pour délimiter le périmètre de chacun.

Aujourd’hui, j’ai rapporté de Carrefour un vrai butin de confinement, des pains au chocolat, du pain de mie, de la farine et même des œufs, l’or noir du moment !

J’ai essayé de faire du pain il y a trois jours, résultat : bon, mais plutôt plate pour une baguette ! J’ai 6 semaines pour réussir.

Chez Olympic Primeur c’est un peu la folie pour Justine, le téléphone ne cesse de sonner pour des commandes, elle répond, tient la caisse du magasin, prépare les commandes et les donne à ceux qui viennent les récupérer… tout ça en même temps…

Le téléphone sonne à nouveau, une jeune femme me regarde et me dit “ha oui… ça a pas l’air simple là..”.

Au retour, je vois que la ramandeuse a perdu son bouquet, c’est le pêcheur qui lui désormais en tient un sous son bras.

Devant chez moi, je crois des hommes habillés en orange, ils installent la fibre dans le quartier.

Dans le ciel, une fusée de détresse, il est 20h, les applaudissements dans la rue se mélangent maintenant aux bruits d’un concert de casserole et le batteur du quartier répond toujours présent.

Ce soir, il a neigé à Aix-en-Provence… il y a vraiment quelque chose de bizarre ce printemps 2020.

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