24 mars 2020

24 mars 2020

Journal de confinement

 

Ça commence à devenir lourd pour tout le monde cette histoire de confinement… Alors chacun le vit comme il peut, certains vont se confiner des réseaux sociaux pendant que d’autres y déversent leurs peurs et leurs frustrations sur la « One Way », attention on risque de frôler la pensée unique.

Aujourd’hui le préfet de l’Aisne a décidé d’interdire la vente d’alcool dans son département sous prétexte de prévenir les rassemblements et les violences intra-familiales », donc sous couvert de bonnes oeuvres, on ose mettre une population en manque.

On va s’asseoir sur les discours bien pensant exprimant leurs avis sur le sujet comme « c’est le moment d’arrêter »… D’arrêter quoi ? L’alcool, la clope, la drogue ?

L’idée est tout simplement géniale, aider ses citoyens à se défaire de leurs addictions en période de crise, on va peut-être dresser une liste des bonnes idées de l’année 2020, d’ailleurs en ce moment le gouvernement réfléchit sûrement à quelques unes.

Et sinon ça donne quoi en terme de violence l’arrêt forcé de l’alcool ? Est-ce que prochainement on pourra lire à l’entrée des villes un panneau disant « Bienvenue, ici c’est la prohibition ! » ?

Décidément la situation va vraiment être critique dans les hôpitaux psychiatriques aussi, car c’est eux qui vont devoir éponger bien des dommages collatéraux .

Aujourd’hui Uderzo est mort, un bout de l’irréductible village gaulois s’en va avec.

Hier soir, on a allumé les infos sur France 2, ça devait faire 5 ans qu’on avait pas fait ça parce qu’à un moment on a choisi la presse écrite pour s’informer… On a tenu 5 minutes, et là on a compris… comment ne pas être totalement flippé quand on vous montre des images de mort, de cercueil, hôpitaux, en fait ça ressemble à des scènes de guerre, sauf qu’on va arrêter de dire qu’on est en guerre et arrêter les comparaisons avec les vraies guerres qui ont eu lieu, ces analogies sont loin d’être justes en ce moment…

La télévision c’est du bourrage de mou, c’est comme ça que les petits soldats se forment, par la diffusion d’une parole unique aux masses… et ne vous y trompez pas on appartient aussi à la masse…

Je ne dis pas qu’on ne risque rien, au contraire, par contre la moyenne d’âge des personnes décédées en italie est de 81 ans ( source: courrier international). Comme on dit, « je pose ça là ».

Durant ma promenade quotidienne, j’ai croisé des mouettes, ça oui, à la pointe San Crist on ne croise que ça, quand elle s’envolent elle se mettent à tourner en groupe, on pourrait presque se croire dans un film d’Hitchcock.

Avant le confinement je sortais avec des écouteurs sur les oreilles pour ne pas entendre les agressions du monde extérieur, puis au début du confinement j’écoutais le silence, aujourd’hui j’ai remis les écouteurs parce que ça me donne la sensation d’être moins seule dans ces rues.

Aujourd’hui la gendarmerie peut vous réclamer votre ticket de course si vous sortez pour ce motif, quand est-ce qu’on parlera d’état totalitaire ? Doit-on justifier le nombre de fois où on va aux toilettes par jour pour justifier le nombre de paquet de PQ qu’on achète ?

Quelqu’un va tenir un répertoire pour vérifier qu’on va pas faire ses courses tous les deux jours ?

Est-ce qu’un jour on dansera à nouveau au miroir ? L’affiche est là depuis longtemps, avant le COVID-19, mais en passant devant je me suis demandé quand…? Pourtant, je n’y vais jamais, mais je crois qu’on a tous besoin de chasser un peu d’espoir dans des détails.

Est-ce qu’on devient un héros parce qu’on ne sort que 30 minutes en tout dans une semaine ? Est-on prêt à risquer nos propre santé physique et mentale pour faire plus encore qu’obéir aux ordres auxquels on obéit déjà? Et est-on tous égaux devant ça?

Au nom d’un virus on accepte de se priver de nos libertés sans rechigner, mais… et si c’était la porte ouverte à toutes les fenêtres ? On finira peut-être par n’avoir plus que des moulins à vent contre qui se battre et défendre nos idées et nos idéaux.

Ce soir la prochaine annonce du gouvernement nous dira sans doute combien de temps cet enfermement force devrait durer. Je passe dans le San Giov et le café de Noailles et je pense aux fêtes qu’il y aura lorsque nous aurons à nouveau le droit de sortir.

23 mars 2020

23 mars 2020

Journal de confinement

 

Hier soir 20h, applaudissements, concert de casseroles et au milieu une voix s’élève « Allez l’OM » On ne change pas un marseillais quand il crie c’est pour son équipe…

Le chanteur mort du jour, c’est Alain Bashung, on décide de ne pas en piocher un autre, on passe la soirée avec lui.

Aujourd’hui grisaille et travail studieux à la guitare… Je repense à mon angoisse de la semaine dernière, et si jamais on ne pouvait pas avoir nos rendez-vous de thérapie, comment je vais faire? Merci, donc, aux psychologues et autres soignants dans le domaine psy d’avoir trouvé des solutions pour nous les angoissés de longue date !!

C’est incroyable d’entendre les cloches des églises qui sonnent, d’habitude ce son est couvert par les voitures qui défilent sans cesse sous nos fenêtres…

J’ouvre un livre et tombe sur cette citation de Rainer Maria Rilke « Tous les dragons de notre vie ne sont peut-être que des princesses qui attendent de nous voir beaux et courageux » … à méditer !

Sur le toit terrasse de l’immeuble une vie alternative se crée… une famille prend l’air sur leur toit en écoutant de la musique, quant à l’immeuble voisin, son occupant semble se faire une après-midi jeux vidéos, deux mouettes discutent pendant que dans la rue deux groupes de deux personnes se disputent le droit d’être ou non dans la rue ne serait-ce que pour marcher.

M6 rediffuse les téléfilms de Noël… vous croyez que c’est pour faire passer le skeud que notre président va nous envoyer ce soir ?

Dans la rue deux personnes portent un masque écharpe ce qui ne sert strictement à rien à part se rassurer soi-même, chacun fait comme il peut. La queue devant la pharmacie ne désemplit pas, le bar l’Oseille à Jonquière a changé ses horaires et est ouvert uniquement le matin. Devant Casino, on attend l’ouverture car il n’est pas encore 15h.

Dedans il y a des bandes de scotch collées au sol pour indiquer la distance de sécurité à respecter.

Aujourd’hui il fait gris il y a du vent il fait froid, la ville sent la morosité et les bus sont désormais toutes la semaine aux horaires du dimanche. L’ambiance est plus pesante que les autres jours, on dirait que le soleil s’est lui aussi confiné pour quelques temps. Même les fontaines sont à l’arrêt.

Dans les villes alentour les mairies commencent à décréter des couvres feu et moi je prie pour que ça ne mette pas le feu aux poudres , la région souvent trop à droite a déjà connu des heures sombres.

Ce soir la prochaine annonce du gouvernement nous dira sans doute combien de temps cet enfermement force devrait durer. Je passe dans le San Giov et le café de Noailles et je pense aux fêtes qu’il y aura lorsque nous aurons à nouveau le droit de sortir.

Je prend la navette fluviale jusqu’à la mairie, parce qu’on est tous dans le même bateau, il n’y a personne dans celui que je prend. A l’arrivée tout est calme, personne sur les berges, un homme est sur son bateau… Sur un autre on peut lire « Freedom » sur la voile.

Je remonte le quai sans croiser perosnne d’autre que la ramandeuse, quelqu’un a déposé un bouquet dans ses bras, je me dis que la poésie n’a pas totalement déserté.

Finalement ce soir nous apprenons qu’il n’y aura pas de confinement total décrété, et que c’est aux préfets de dédouaner le gouvernement au sujet des éventuels couvre-feu qui seront mis en place. Ici, la nuit, il n’y a personne, c’est assez frappant, je sais pas comment c’est chez vous en général, mais le sud de la france a un son particulier et au jour 8 je sais pas encore déceler chez moi si ça me manque ou pas d’entendre des interjections jetées dans les airs en pleine nuit.

Depuis hier soir les sorties pour l’exercice physique sont désormais limitées à 1h et doivent se dérouler dans un périmètre de 1km autour de chez soi. On a de quoi tourner en rond.

21 mars 2020

21 mars 2020

Journal de confinement

 

Je viens de taper dans Google « temps de gestation chez les cygnes «  parce que j’en ai vu un hier sur le canal, ils y viennent parfois et je me demandais si l’éloignement de la pollution pourrait repeupler les canaux de nouveaux cygnes.

Tandis que les humains disparaissent des rues, on voit un nombre impressionnant de canards sauvages repeupler les rives de la ville, ils se trouvent le ciel, dans les canaux, en groupe sur l’étang, ou postés par dizaine sur les rochers.

On voit les poissons au bord de l’eau et les premières pousses apparaissent sur les arbres, pendant que ce printemps promet d’être très différent des autres…

Aux arrêts de bus je croise une publicité qui dit « Et si vous quittiez tout pour vivre sur une île déserte ? », pas besoin de se poser cette question car nous vivons déjà sur une île devenue déserte…

Il y a une semaine le gouvernement annonçait la fermeture des bars et des restaurants et ce jusqu’à nouvel ordre… Sur le Cours, les terrasses ont été rangées, il ne reste que les parasols et des poubelles qui servent de bac à fleurs.

Le diplo, lui reste ouvert mais son bar est désormais fermé avec des tables qui entravent le passage.

Hier je suis allée faire quelques courses à Carrefour pour les quelques jours à venir et parce que je n’avais pas envie de tester les magasins un samedi de confinement.

Les toiles de Spiderman ont été retirées des caisses car ils ont enfin reçu les masques pour le personnel.

Devant le rayon boucherie entouré de film plastique, une vieille dame attend. Le boucher arrive, elle lui tend un paquet déballé qu’elle vient d’acheter. Elle lui demande s’il peut lui couper la viande car elle a oublié de demander et elle ne sait pas faire toute seule. Le boucher prend le paquet lui coupe la viande et la lui rend en la ré-emballant dans un sachet plastique.

On pourrait pas organiser une solidarité pour les personnes qui ne peuvent pas s’en sortir ? Laisser des numéros de téléphone et des annonces aux caisses des magasins par exemple ? Et au plus proche, dans vos immeubles…

Plus loin au rayon fromage une jeune femme arrive et dit d’un air dépité à un jeune homme avec qui elle fait les courses « y a plus d’œufs… » je les regarde et leur dit « en face ils en ont ».

Les courses ça se passe comme dans la rue, je suis pas là en train de flâner, tout le monde fait vite et la précipitation ça donne ce genre de chose… acheter une boîte de 875g de double concentré de tomate au lieu d’une boîte de tomates pelées parce que dans la précipitation j’ai mal lu la boîte.

C’est quoi la meilleure façon de conserver la conserve une fois ouverte ?

Hier sur Facebook quelques personnes ont encore essayé de bouffer mes os, je sais pas ce que s’imaginent certains collègues photographes … Je sors avec un téléphone, chaque photo est faite dans un temps de 5 secondes maxi, je fais pas la même rue 10 fois pour savoir ce que je vais photographier.. je vois je prends la photo et je continue.

Je suis pas en train de faire une pause longue sur la plage interdite en mettant 3 h à régler mon trépied pour espérer faire une photo bien cadrée.

On en reparlera pas plus tard en fait, parce que le bordel qu’on est en train de vivre est en train de révéler les êtres humains, et ça, ça me fait peur aussi… En tout cas moi, c’est en train de changer mon regard sur certains hommes, ne rien faire, observer, attendre, ça amplifie la réflexion personnelle et en ce moment y a des questions vraiment moches qui traversent mon esprit.

Il paraît qu’à Paris il n’y a plus rien dans le Magasin Tang Frères…

On va en venir à se demander au rayon fruits et légumes si on prend le risque d’acheter des poires qui viennent d’Italie.

Alors je sais il faut consommer local, mais on en vient à se poser des questions chelou en ce moment.

Est-ce ça le début du nationalisme ? Acheter des Barilla ou des Panzani ?

En France on verbalise les SDF pour non respect des consignes pendant que Rome décide de pardonner les péchés de ses fervents qui sont contaminés contre une lecture de la bible pendant 30 minutes.

Je croise de moins en moins de monde dans la rue, des couples qui vivent sans doute ensemble, et des hommes seuls… et ce qui me choque c’est l’absence des femmes dans la rue. L’espace public appartient aux hommes, et en période de confinement ça crève les yeux.

Je m’arrête devant L’arche des fromages, elle me dit que désormais elles fermeront la boutique l’après-midi car il n’y a personne en ville, la fromagerie (c’est aussi une épicerie fine) sera désormais ouverte du mardi au samedi, uniquement le matin et les commandes sont possible, d’ailleurs elle me laisse car elle vient d’en recevoir une.

Une femme fume à sa fenêtre, je souris en passant, elle me regarde et s’éloigne. Ailleurs on entend des bruits de travaux, des discussions sortent des appartements. En dehors de ça, c’est silencieux, et je ne sais pas si je m’habitue au silence mais il me parait moins angoissant que celui d’hier… tous les silences n’ont pas le même son. Vous avez remarqué ça vous aussi ?

Arnaldo, le glacier Italien de la rue Lamartine propose des livraisons de glaces, et l’épicerie O p’tit marché propose également des livraisons à domicile et fait relais colis, il récupère également les colis qui devait arriver chez Vert’Tige de Fleurs. Pour lui la denrée la plus rare en ce moment, ce sont les œufs.

Je retourne sur mon île deserte en passant par le miroir aux oiseaux, décidément ce petit endroit semble tellement protégé. On prend le soleil devant les maisons, on prend l’air, on a la sensation de se retrouver dans une bulle juste à cet endroit.

Sur le quai devant chez moi, on peut voir le pollen flotter, c’est parti pour quelques semaines d’allergies…

Le soir on écoute de la musique et pour les fins de soirée difficile on s’est dit que ce serait sympa de partir à la redécouverte des chanteurs morts alors on a fait des petits papiers à piocher pour laisser le hasard choisir.

Est-ce qu’au 44eme soir on craindra plus rien à s’en faire l’intégrale de Barbara ?

Pendant que le soleil se couche, je plante des glaïeuls, la sauce tomate pour les lasagnes (présentes dans le placard depuis plus d’un an) est en train de cuire et j’ai fait des gâteaux poire/caramel.

Nous sommes samedi soir, il est 20h, les gens applaudissent depuis leurs fenêtres, un homme joue de la batterie et fait résonner la ville.

Ce soir comme chanteurs morts on a pioché Jeanne Moreau et Joe Dassin, un couple étonnant.

20 mars 2020

19 mars 2020

Journal de confinement

 

Quand on a commencé ce blog, on s’est très vite demandé quand est ce que ça allait arriver… Qui allait lancer les hostilités ?

Suite aux publications d’hier, les foudres ont commencées à se déchaîner et avant de voir apparaître les prochaines on va mettre quelques petites choses au clair.

Ce message s’adresse aux détracteurs, râleurs, aboyeurs, à ceux qui ont toujours un truc à dire, aux donneurs de leçons… et il sera nettement moins poétique que d’habitude et plein de jugements à l’emporte-pièce.

Je ne suis pas journaliste, je suis artiste, mon métier c’est de faire des photos. certains diront que c’est pas un métier, de toutes façons c’est assez répandu comme idée que les artistes sont tous des branleurs.

Pire que ça… nous sommes deux derrière ce travail photographique.

Il est apparu évident face aux événements liées au COVID-19 que nous nous devions de participer à garder une trace de ce que nous vivons. Si cela ne vous paraît pas censé, pensez à ce que vous sauriez s’il n’existait pas de témoignage sur les différentes catastrophes et guerres dans le monde.

Ne pas témoigner c’est ça qui serait inconscient pour nous.

Je comprend que ça puisse en défriser quelques uns, mais c’est comme ça et je vous avoue que ce ne sont pas vraiment des choses qui se discutent, encore moins dans des commentaires sur les réseaux sociaux.

Sachez que sur les deux saltimbanques que nous sommes, une seule d’entre nous deux sort et ce par mesure de sécurité.

J’ai toujours un flacon de gel hydro dans ma poche et je me désinfecte les mains en sortant de chez moi, en sortant de l’immeuble, avant et après être entrée en contact avec des portes, objets, carte bleue, sacs, clés, téléphone, etc.

Je respecte les distances de sécurité, et quand je croise quelqu’un je m’éloigne voir je change de trottoir quand je peux.

Tout à l’heure j’ai croisé un voisin dans la rue, nous nous sommes salués d’un trottoir à l’autre. Je désinfecte régulièrement les poignées de porte de chez moi et de mon immeuble ainsi que la rampe d’escalier. Je lave aussi mes vêtements avec du désinfectant (je le faisais déjà avant).

Quand je rentre chez moi, je me désinfecte les mains avant de rentrer dans l’immeuble, avant de prendre mes clés, et une fois rentrée je me désinfecte à nouveau puis je me lave les mains avec de l’eau et du savon de Marseille.

Ça va ? Vous en connaissez assez sur mon intimité bactériologique ?

Je sort 30 mn par jour, en priorité pour marcher parce que voyez vous c’est pas dans 40m2 en centre-ville que je vais me dégourdir les jambes. Pour vos éventuels conseils, je vous invite à les garder pour vous, tout simplement parce que nous ne nous connaissons pas. Je pourrais avoir besoin d’aider une personne qui ne peut pas s’en sortir seule. Je pourrais avoir un chien à promener. Je pourrais avoir besoin de marcher pour raison de santé ou devoir me déplacer pour raison de santé.

Une question, qui sont ces personnes que vous croisez ? Faut-il qu’ils montrer patte blanche afin de pouvoir circuler ? On le fait déjà avec une attestation destinée aux autorités, pas à une éventuelle milice civile.

En fait vous ne pouvez que faire des suppositions sur les raisons de sortie de chacun, parce que vous ne connaissez pas les personnes que vous croisez. Alors je sais la vie c’est un délit de faciès à grande échelle et faire des suppositions d’après ce que vous avez vu, lu ou entendu… c’est super facile et surtout c’est normal !

Je peux pas vous en vouloir totalement car en ce moment y a pas grand chose à faire donc ce genre de choses ça prend une place monstre dans la tête quand on flippe et qu’on s’emmerde.

Je sors également pour faire quelques courses du quotidien, mais pas tous les jours, mais la plupart du temps je marche. Et je vais pas tout vous raconter parce que ça ne vous regarde pas et que je n’ai donc aucune raison de me justifier plus que je ne suis déjà en train de le faire. Pour les autres éventuels motifs de sortie, je vous laisse supposer.

Comme vous je juge dans vos mots, sur les on-dits, les apparences.

Alors on en est là, on va se soupçonner dans la rue ? Il/Elle a le droit de sortir ? Il/Elle avait vraiment besoin de cette putain de baguette de pain ? Il/Elle a pas fait des stocks ? Je suis sur qu’il/elle a fait des stocks de pâtes au PQ !

Tant que je pourrai, je continuerai à témoigner de ce que vous ne pouvez pas voir parce que vous respectez une quarantaine totale et c’est ce qu’il faut faire.

Si vous pensez que je n’ai pas peur, vous vous trompez… Chaque fois que je sors j’ai peur et je rentre chez moi la boule au ventre de ce que j’ai pu voir lors de la sortie autorisée (pour le moment). Je fais ça avec la prétention de créer une archive de cette quarantaine, l’espoir d’apporter un peu de réconfort et de soutien aux personnes de ma ville ou d’ailleurs. Et je m’en voudrais de ne pas le faire parce qu’en tant qu’artiste il est de mon devoir d’apporter un peu de chaleur à ceux qui restent chez eux, nous ne faisons pas ça pour nous mais pour le collectif, tout comme la majorité d’entre nous reste en quarantaine totale pour le collectif. Je m’en voudrais de ne pas montrer ce que personne ne montre.

Ne sortez pas si vous n’avez pas à le faire, vous n’avez pas à faire ce que je fais, vous n’avez qu’une chose à faire, rester chez vous.

Éteignez les chaînes d’infos, n’écoutez que les conseils officiels et essayez de penser à autre chose. Vous ne trouvez pas que le climat est assez anxiogène comme ça pour en rajouter ?

Pour tous ceux qui ne m’ont pas agressée, et vous êtes nombreux, prenez soin de vous.

Merci pour vos soutiens, vos commentaires, vos j’aime et vos partages.

Merci aux commerçants qui ont besoins de soutien, on pense au personnel soignant également, à ceux qui mettent en place des solutions pour que nous, angoissés, ne nous retrouvions pas dans des situations délicates.

Il ne faut pas oublier ceux qui font la vie de nos quartiers, ceux qui aident à laisser subsister un semblant de vie et qui tous les jours prennent eux aussi des risques. S’ils n’étaient pas présents, ouais, ce serait la guerre vu le spectacle de ces derniers jours…

Pour finir, nous ne répondrons désormais plus à aucun commentaire agressif, ce post fera office de réponse à tout. Nous n’avons pas de temps ni d’énergie à perdre pour ça.

Je crois qu’on a tous à faire quelque chose de bien plus important, penser à l’après COVID-19.

Et en attendant, Xavier Dupont de Ligonnès court toujours…!

20 mars 2020

20 mars 2020

Journal de confinement

 

Dans la nuit, sur le quai on entend un homme en voiture croiser une connaissance qui lui dit « t’as tes papiers ? » l’autre répond en rigolant « le papier cul oui ! ».

Le confinement ça fait se poser de drôles de questions…

Avec tout le riz qui va être consommé, on devrait pas stocker des pruneaux ?

Vous croyez que si on achète une boîte de mouchoirs au magasin on se fait regarder de travers ?

Vous trouvez pas qu’on reçoit moins de pub par mail ?

Aujourd’hui c’est le printemps, c’est un temps à sortir ma jupe beige à paillettes et ma capeline noire à fleurs. En sortant de la salle de bain, je me demande.. vous continuez à mettre du parfum pendant le confinement ? Je trouve que c’est un bon test psy pour savoir si on s’apprête pour soi ou pas, on a même plus besoin d’acheter Cosmopolitan !

Sur le toit terrasse de l’immeuble je croise un peu de résilience sur un mur pendant que Marianne s’entraîne dans son gym-naze.

Aujourd’hui les plages du littoral ont été interdite d’accès ainsi que la plage de Ferrières et les rives de l’étang de berre. Ça va devenir compliqué quand on sait que Martigues c’est quand même une ville sur l’eau…

Pendant ce temps Netflix et YouTube réduisent leurs débits parce qu’on risque de saturer internet… Est-ce qu’on finira tous plus fous qu’on ne l’est déjà ?

Hier soir on a écouté 5 chansons de la Compagnie Créole… ça commence comme ça ?

Pour contrer cette descente aux enfers, Marianne travaille la guitare, « Where is my mind ? ».

Aujourd’hui c’est vendredi et j’voudrais bien qu’on m’aime… le premier vendredi où on est confinés… déjà la fermeture des bars la semaine dernière ça avait mis un coup, mais à l’heure où je vous écrit c’est la fin de la semaine et il va falloir se résoudre à faire un apéro Skype ou à passer la tête par sa fenêtre à 20h pour l’ouverture des apéros-balcon.

Ici ça va être compliqué, hier depuis mon balcon j’ai entendu mon voisin du dessous dire à sa femme de pas rester à la fenêtre…

Dans le quartier de l’île à Martigues vous pouvez vous offrir une soirée pizza ou indienne, La pizzeria des cocotiers livre à domicile et le nouveau restaurant indien, le Taj Mahal également, bien sûr chacun suit les règles de sécurité nécessaire afin que personne ne prenne de risques.

C’est vendredi, les parisiens ont envie de partir en week-end et je regarde ça hallucinée… ok je pourrais avoir un peu de compassion car j’ai la chance de vivre dans le sud, au bord de l’eau… mais non… je vais pas les plaindre, depuis le début ils ont une attitude irresponsable, c’est très parisien.

Devant chez Optic Mezard quelqu’un vient régler un problème de lunettes, un petit atelier d’opticien est installé devant la boutique… et ouais, comment on fait si on casse ses lunettes ?…

On pense à l’Alinéa qui a du fermer ses portes… alors en attendant il reste la boîte à livre du jardin de Ferrières pour ceux qui voudraient échanger leurs lectures. Pensez à désinfecter les livres tout de même, on ne sait jamais…

Je passe devant la boutique de beaux-arts Regards, et je pense à Nelly qui tous les jours propose des cours de dessin en live sur Facebook. Toutes ces initiatives c’est vraiment chouette, nombreux sont ceux qui offrent de leur temps.

Au tabac on doit respecter les distances, il y a des marques au sol qui donnent les instructions à suivre. Il paraît que les flics viennent de mettre 135 euros d’amende à quelqu’un au bout du pont.

Avant de rentrer je croise des oiseaux sur un arbre déplumé, je pense à mes plantations sur mon balcon… j’ai du terreau mais pas de graines, pas cool.

19 mars 2020

19 mars 2020

Journal de confinement

 

Dans les canaux de la Venise Provençale, l’eau est calme, la température extérieure est plutôt douce, le temps est bon, le ciel est bleu comme chantait Isabelle Pierre.

Aujourd’hui c’est une bande de canards qui squatte le canal de Baussengue.

D’habitude on peut en voir, mais pour une fois ils ne quittent pas les lieux, ils sont nombreux mais semblent eux aussi se tenir à des distances de sécurité, un groupe de deux par ci, un autre qui fait cavalier seul un peu plus loin, deux autres font une compétition de nage sous marine… Quand j’observe ce spectacle, je me dis qu’il n’y a pas que du mal dans toute cette histoire et que ce serait bien qu’on y réfléchisse pour la suite…

Sur le chemin, je croise deux personnes devant la maison de la formation, ils sont équipés de masques et de gants et demandent un peu énervés aux quelques passants si c’est ouvert. On dirait que toutes les consignes ne sont pas passées auprès de tout le monde.

Sur le quai des anglais, la navette maritime fonctionne et un pêcheur seul avec sa canne à pêche vient d’attraper un poisson.

Tandis que les panneaux d’affichage arborent toujours l’adresse du site internet de la ville et l’info en continu disponible sur Radio Maritima

Dans le quartier de l’île avant 15h, c’est plutôt le calme plat pas de voitures, peu de passants, les gens respectent les consignes. Je marche dans les rues d’une ville fantôme, le genre de truc qui m’a toujours fasciné, parfois on peut apercevoir quelqu’un sur le palier d’une maison de ville, entendre un bruit s’échapper d’une fenêtre ouverte, apercevoir un rideau qui bat au rythme de la brise légère que nous avons aujourd’hui.

Dans l’île c’est pas compliqué, tout est fermé sauf la pharmacie, la boulangerie et l’épicerie de quartier…

Sur une place deux hommes discutent de façon énergique « C’est pas tout ça qui fera quelque chose ! C’est des masques qu’il faut, des masques, c’est ça qui nous sauvera ! ». Plus loin, quelqu’un prend un bain de soleil sur le quai du miroir aux oiseaux et ça semble tellement agréable… La scène donne l’impression d’un temps retrouvé.

Depuis son balcon un homme crie à un autre qui se trouve dans la rue « Salut l’ami, tu vas travailler ? » l’autre répond qu’il a eu l’autorisation.

Quand je passe devant la boulangerie, la boulangère me crie derrière la vitre qu’il y a encore des banettes, je rentre dans la boulangerie, j’en avais commandé une pour aujourd’hui. Un homme attend à l’entrée que je sorte, elle lui dit qu’elle ferme juste après moi et qu’elle rentre chez elle car elle n’a plus rien à vendre, il est 15h. J’men fous, je détiens le Graal

À la pharmacie j’achète une boîte de paracetamol parce que je n’en ai pas et qu’on ne sait pas ce qu’il peut se passer.

En rentrant chez moi, je m’installe un peu sur ma terrasse, trois voitures de police s’installent sur le quai des Girondins, ils semblent chercher quelque chose, ils finissent par contrôler quelques voitures et passants avant de s’en aller.

Il est 16h30, et à cette heure ci il y a une affluence de passage de voiture, et quelques promeneurs solitaires… Dans quelques minutes, ce sera le retour du silence.

18 mars 2020

18 mars 2020

Journal de confinement

 

Hier soir c’est la première fois que sous nos fenêtres nous n’entendons pas un seul bruit de voiture.. Imaginez, Martigues, le quartier de L’île dont on doit faire le tour 3 fois avant de pouvoir trouver une place de parking est devenu hier en début de soirée l’île silencieuse…

En errant sur le net je trouve un article qui parle des lyonnais qui mettent tous les soirs des lumignons à leurs fenêtre, je sors les miens… il va falloir faire des stocks de bougies ?

Aujourd’hui c’est la première belle journée depuis le début du confinement total, le ciel est bleu, il fait beau, le vent est enfin tombé… Ces journées là, on les attend tous ici, et en général on a de la chance car ça arrive toujours un peu plus tôt que dans le reste nord de la France (au dessus d’Avignon, c’est le nord).

Je traverse le pont bleu, je me dirige vers mes quelques objectifs du jour, on a pas vraiment le temps de profiter du soleil, de la douce chaleur… Non, quand on sort je fais plus vite qu’à mon habitude, même plus vite que ces deux derniers jours.

Je traverse le désert de la Place Jean Jaurès et la rue Denfert, les rues perpendiculaires sont tout aussi vides… Les mouettes et les gabians ont repris leur territoire aux humains, la plage.

Il faut arriver sur la promenade au bord de l’étang pour croiser quelques passants qui promènent leurs chiens, marchent, courent, cocher la mention obligatoire…

Deux femmes se parlent assises sur des rondins en bois, l’une et l’autre sont à deux mètres de distance, on se dit bonjour sans se connaître.

Devant la piscine municipale fermée je croise un passant qui m’observe avec ses blessures de guerre, il me laisse le photographier avant de me tourner le dos.

À la caisse de Carrefour Contact, les caissières ont tissé une toile de protection avec du film plastique. La scène a-t-elle déjà été représentée dans un film d’anticipation ?

Dans les rayons il manque surtout les pains au chocolat, brioches et autres douceurs du petit déjeuner, mais le reste du magasin est loin d’être vide face aux infos et intox qu’on peut voir à longueur de journée sur les réseaux sociaux.

Quand on ne trouvera plus de pâtes, on pourra essayer les lentilles, le quinoa, le boulgour, on devrait s’en sortir, l’ennemi ce n’est pas la faim.

En face, chez Olympic Primeur, je demande si je peux prendre une photo, Justine me répond « Oui, avec ou sans l’attirail ? ». Elle a mis en place un service de livraison, mais elle a aussi proposé à d’autres commerçants de laisser quelques petites choses à vendre pour eux comme Céline de Fleurs de la Passion qui y a déposé des plantes. Ce qui est assez joli c’est cette solidarité qui s’élève dans ce climat chaotique.

Sous le masque, Justine sourit.

En passant devant la vitrine d’Optica, l’opticien de la rue de la république, je me dis qu’il va falloir attendre encore un peu avant d’y voir clair…

J’ai lu quelque part que l’eau de Venise était en train de redevenir claire, qu’on pouvait y voir les poissons nager, quant aux cygnes, ils seraient de retour. En Sardaigne, des dauphins nagent dans le port de Cagliari. Aujourd’hui, à Martigues j’ai vu plus d’animaux que d’êtres humains si on compte le gang de mouette que j’ai croisé sur la plage.

Si, comme le dit la rumeur, tout ce bordel vient d’un Pangolin qui aurait été mangé par un humain, on peut se demander si la nature ne serait pas en train de reprendre ses droits.

17 mars 2020

17 mars 2020

Journal de confinement


Hier soir, le confinement total de la population a été instauré, seuls les déplacements indispensables sont autorisés.

Ce midi, sur le quai d’en face un homme danse seul à la terrasse d’un bar fermé pendant qu’une autre personne diffuse de la musique depuis chez lui.

Ce qui est le plus étonnant le reste du temps c’est le silence.

Les passants se font plus rares qu’hier, les voitures aussi… Au volant de ces dernières, je croise des conducteurs portant un masque à l’intérieur de l’habitacle.

Dans la rue chacun respecte les distances de sécurité, un homme change de trottoir, un autre me dépasse, plus loin, il enlève son écharpe qui lui sert de masque puis il me sourit.

Les espaces d’affichage n’arborent plus qu’une seule affiche, officielle, sur laquelle on peut lire l’adresse du site internet de la ville afin que chacun puisse trouver les informations nécessaires et les mises à jour sur la situation de crise.

Les consignes sont laissées sur les vitrines des magasins, se tenir à 1m de distance dans les files d’attente, laisser les colis à la boutique autorisée à rester ouverte… tout le monde s’organise tandis qu’un colis que j’attendais a été déposé à La Poste sans possibilité d’être livrée à mon domicile.

À L’Oseille, le bar-tabac de la place Gérard Tenque, les tables empêchent l’accès au comptoir, plus personne ne boit un verre, j’achète un paquet de cigarettes à livrer à un ami, les paris sportifs sont down car les matchs et compétitions s’annulent les unes après les autres dans le monde entier, avant hier on pouvait encore parier sur les matchs mexicains…

Au retour je m’arrête rue de la république pour acheter une baguette de pain, mais il n’y en a plus. La boulangère me conseille de le commander, au moins dans les premiers jours, le temps que tout le monde s’organise. Elle ajoute ma commande à son carnet déjà bien rempli, si j’y vais l’après-midi, je suis sûre de ne pas en trouver.

Est-ce qu’on va bientôt devoir trouver des dealers de pain ?

Les rues n’ont jamais autant senti la cuisine maison en pleine journée…

Depuis mon balcon, j’aperçois deux hommes âgés sur le pont bleu, l’un d’entre eux porte un masque, ils semblent se connaître et échangent quelques mots en se tenant à distance l’un de l’autre.

16 mars 2020

16 mars 2020

Journal de confinement

Depuis samedi 14 mars minuit, les bars, restaurant et autres lieux considérés comme non indispensable ont fermé leurs portes pour une durée indéterminée.

16 mars 2020

16 mars 2020

Journal de confinement

Les boulangeries restent ouvertes, ce soir on devrait nous annoncer la suite… Sur les réseaux sociaux les informations affluent.

Confinement total ? Couvre feu à 18h ? Sorties seulement pour obligations avec ordre d’avoir un justificatif sur soi ?

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