6 avril 2020

Journal de confinement

Aujourd’hui c’est le grand jour, la nouvelle attestation dérogatoire de sortie est disponible sur smartphone ! Désormais, grâce aux QR code qu’elle générera, nous pourrons tous, en plus de nous signer nous-mêmes un papier pour avoir le droit de sortir de nos cellules, accepter de façon tacite et reconductible de nous faire tracer. Sommes-nous vraiment prêt à dire oui à tout ?

La peur désormais instaurée nous incite à accepter l’inacceptable.

Depuis quelques jours, on nous recommande vivement le port du masque. Il se trouve que nous n’en trouvons pas, les masques home-made ont été beaucoup décrié, et à une époque pas si lointaine on ne jurait que par ces masques que nous ne pouvions pas nous procurer. Le port du masque introuvable va-t’il devenir obligatoire sous peine d’amende ?

L’AFNOR propose même de télécharger un modèle de masque aux normes… Après le slogan “Restez chez vous”… demerdez-vous !

Sur les parkings, l’herbe et les fleurs poussent dans le goudron et forment des traînées vertes sur le sol, le message de la médiathèque s’efface avec le temps et le soleil tandis que les arbres se couvrent de feuilles et de fleurs…

Un homme en voiture me fait signe, il me demande si la médiathèque est fermée, je lui dit oui, il me remercie et s’en va.

Je prend la navette fluviale et j’échange quelques mots avec l’un des deux conducteurs. Il me demande si c’est l’heure de rentrer, je lui dit que non, je change de quartier de temps en temps parce que tourner en rond dans l’île a ses limites.

Arrivée à Jonquière, j’entends une voix sortir d’un appartement au dessus de la musique, quelqu’un chante. Certaines rues sentent le tabac, aujourd’hui c’est étrange mais la rue sent le vieux bar, vous savez celui où se mélange le tabac froid, celui en train de se consumer et une vague odeur d’alcool.

Peu de monde dans les rues, nous sommes lundi. Quelqu’un est assis sur un banc et semble prendre l’air.

Il règne une vraie atmosphère de printemps dans la rue, les oiseaux chantent le soleil brille… on semble s’habituer à ce silence devenu normal.

Dans la file d’attente de Casino, deux dames se rencontrent, l’une d’elle dit à l’autre : “Il faut respecter les distances de sécurité, ça ne rigole pas c’est vrai c’est devient très dangereux, il y a beaucoup de morts.”.

L’autre répond : “Bien sûr il y a beaucoup de morts comme dans toute guerre.” L’autre lui dit : “Mais ce n’est pas une guerre.” Silence… L’autre finit par dire “J’ai entendu Melenchon parler à la télé, de toute façon ils n’ont plus que ça à faire parler, mais il fera rien, il filera droit comme les autres.”

Le restaurant Le Ryad a décidé de reprendre du service et propose ses couscous et tajines à emporter ou livrés midi et soir.

Pendant ce temps, des “stars” comme Alicia Keys donnent leur numéro de téléphone sur Instagram et invitent leur public à leur envoyer des messages afin de pouvoir leur téléphoner.

Il existe un nouveau jeu, “Question pour un balcon”, deux équipes, le côté pair et la rue et le côté impair, un maître du jeu pose les questions, les balcons répondent, et tout les soirs le jeu recommence.

A Nice, Pablo Estrosi ou Christian Escobar (on ne sait plus trop) annonce qu’il donnera des masques réutilisables à tous les habitants de la ville.

Des basses dans la nuit, dans un immeuble voisin quelqu’un hulule par moments, bon ok dans deux jours c’est la pleine lune m’enfin !

Nos espoirs pour vaincre le virus résident actuellement ( chloroquine mise à part) entre le vaccin du BCG, le plasma de patients ayant été atteints du coronavirus ou un ver marin qui paraît plutôt prometteur !

Anna Bambou